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Eradication et retour du Loup

3) Une éradication sans merci et son retour en France

3.1 Des textes justifiant l’extermination du Loup
L’éradication du Loup a été justifiée par de nombreux textes. A titre d’exemple, on peut mentionner quelques perles :

  • Gaston Phébus « les loups préfèrent la chair de l’homme à toute autre, puisqu’ils en sont acharnés, ils ne mangent autre bête et surtout celle des enfants qui ont plus tendre chair »

  • Buffon « Il est nuisible de son vivant, inutile après sa mort » ou encore « il aime la chair humaine : et peut-être s’il était plus fort n’en mangerait-il pas d’autre. On a vu des loups suivre les armées, arriver en nombre à des champs de bataille ou l’on n’avait enterré que négligemment les corps, les découvrir, les dévorer avec une insatiable avidité, et ces même loups, accoutumés à la chair humaine, se jeter ensuite sur les hommes, attaquer le berger plutôt que le troupeau, dévorer les femmes, emporter les enfants,… »

  • Pierre de Beauvais : « le loup représente le Diable, car celui-ci éprouve constamment de la haine pour l’espèce humaine ».

    3.2 La création de la louveterie et le versement de primes La louveterie est une institution mise en place par Charlemagne en 813. Les louvetiers, qui portaient alors le nom de « luparii », avaient pour tâche de réguler les « nuisibles » dont notamment les loups sur l’ensemble du domaine royal et communal. C’est aussi Charlemagne qui a instauré le versement de primes ou de récompenses pour tout loup tué. Ce système a perduré jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, c’est-à-dire plus de 1000 ans ! Durant des siècles, de nombreux piégeages, huées et battues ont été organisés par les populations pour bénéficier de ces juteuses récompenses.

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Source : Des loups et des hommes

La louveterie a souvent était synonyme d’abus et de privilèges puisque jusqu’à la Révolution Française seuls les membres de la famille royale et les nobles possédaient le droit de chasser.

Ainsi, bien que dissoute en 1789, la louveterie est rétablie en 1804. Deux ans plus tard, le droit de chasse est subordonné à l’achat d’un permis.

3.3 Une présence fournie et continue jusqu’à la fin du XVIIIème siècle
Comme le montre la carte ci-dessous, les loups étaient présents sur l’ensemble du territoire national jusqu’à la fin de XVIII ème siècle. La Révolution Française et la création du droit de chasse marquent le début de la régression du Loup en France.

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Source : Parc à loups du Gévaudan

L’estimation des populations de loups au cours du temps (1ère carte) est très indicative. En effet, comme le souligne Gérard Ménatory dans son livre « la vie des loups », l’estimation du nombre de loups est de nos jours très difficile alors que de nombreux moyens techniques sont à notre disposition (analyse génétique, prélèvement, …). Les chiffres que l’on trouve dans l’ensemble des livres anciens sont purement fantaisistes. Ils témoignent uniquement que le loup était présent sur le territoire mais ne nous renseignent que très peu sur leur nombre.

Le loup a disparu de France en tant qu’espèce à population reproductrice identifiée entre 1930 et 1939. Les derniers loups du Massif Central furent tués en Lozère, en 1951 sur la commune de Grandrieu (massif de la Margeride) et le 20 juin 1977 sur la commune des Salces (massif de l’Aubrac).

3.4 Son retour en France et dans le Massif central
Le retour du loup en France est avéré depuis 1992, date à laquelle un agent de l’ONF a réalisé une première observation. Cette réapparition est due à l’extension progressive des populations italiennes le long de la chaîne des Appenins, depuis 25 ans. Les premières analyses génétiques réalisées sur les prélèvements (poils et excréments) ont confirmé l’origine italienne du loup (Canis Lupus italicus). Cette sous-espèce diffère donc de la sous-espèce que l’on trouvait originellement en France : Canis lupus lupus.

La recolonisation du territoire s’est faite rapidement (voir carte ci-après) et par dispersion « par tâche » sur l’ensemble de l’arc alpin. Aujourd’hui, l’espèce est présente de manière permanente sur 10 massifs alpins : le Parc National du Mercantour (Alpes-Maritimes), le massif du Queyras, du Béal-Traversier et de la Clarée (Hautes-Alpes), en Belledonne (Isère-Savoie), dans le Vercors (Drôme-Isère), et dans les Monges (Alpes de Haute Provence).


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Source : Plan loup 2005-2012


En dehors des Alpes, le loup a aussi été observé dans les Pyrénées Orientales et de nombreuses observations attestent de sa présence dans le Massif central (8 octobre 1997 sur la commune de Puy Mary, 12 juillet 1999 sur la commune d’Apchat, 29 juillet 2006 sur la commune de Saint André de Vésine).

Depuis 2005/2006, les indices de présence se font plus nombreux sur de nombreux secteurs du Massif central :

  • Durant l’hiver 2005/2006 et 2006/2007 sur l’Aubrac (Lozère) : observations visuelles, carcasses de chevreuils, excréments...

  • En juillet 2006 sur les Grands Causses (Aveyron, Lozère et Gard) : deux pattes d’un même loup mâle d’origine italienne ont été déposées devant les gendarmeries de Trèves (Gard) et Rivière-sur-Tarn (Aveyron).

  • Durant l’hiver 2007/2008 sur la Montagne Noire (Tarn) : plusieurs carcasses de chevreuils ont été retrouvées.

  • En janvier 2008 sur les Monts du Cantal : un loup a été observé et photographié sur la commune de Lavigerie (Cantal). D’autres indices ont ensuite été recueillis de mars 2008 à avril 2009 sur les communes de Saint-Jacques-des-Blats, de Mandailles, de Dienne, de Saint-Saturnin et de Le Fau.

  • En janvier 2009 dans les Cévennes (Lozère) : un loup et des traces sont observé es sur le versant sud-ouest du Mont Lozère (commune de Saint-Etienne-en-Valdonnez Aujourd’hui, aucun de ces secteurs du Massif central n’est considéré comme une Zone de Présence Permanente (ZPP). En effet, pour cela, il faudrait observer le loup deux hivers consécutifs sur le même territoire. L’implantation de meutes sur le Massif central n’est maintenant plus qu’une question de temps et de hasard (il suffit qu’un sub-adulte mâle en dispersion rencontre un sub-adulte femelle.

    C’est pour cette raison que le plan d’action national sur le Loup 2008-2012 prévoit une extension du suivi du loup dans les nouveaux territoires en cours de colonisation du Massif central.

    Avec 150 individus estimé en 2007, la France, est à l’image des autres pays européens où les populations de loups sont stables ou en hausse : Roumanie et Bulgarie (5000), l’Espagne et le Portugal (2500 individus), Pologne (800), L’Italie (800 individus en 2008), Grèce (200), la Péninsule scandinave (160 individus).

    Il faut souligner que deux facteurs favorisent la colonisation du Massif central. D’une part, l’augmentation considérable des superficies forestières conséquence de la déprise agricole liée à l’exode rural du milieu XXème (à titre d’exemple, les gorges de l’Allier qui représentent près de 5000 ha de forêts non-exploitées). D’autre part, l’abondance du gibier et notamment d’ongulés : chevreuils, cerfs, sangliers, chamois, mouflons.

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Source : Des loups et des hommes


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